L'éducation française selon SiliconFrench
Face à la spirale des coûts de scolarisation, la recherche d'une alternative, par Christine Frin
Philippe Leroy a la passion et la sagesse de l'homme sincère. Ces qualités lui ont
permis de rassembler autour de lui une équipe enthousiaste pour réaliser son
projet. Ils étaient nombreux, venus de toute la baie, à Silicon
French,
ce mardi 18 mars, à participer à son atelier, « l'Éducation Française ».
Philippe Leroy est le président de PAFEA, la Palo Alto French Education
Association, une toute nouvelle association créée pour trouver
une solution à une période de crise.
« Nous ne pouvions plus payer l'école française. Leurs tarifs sont
beaucoup trop élevés pour nous. Nous avons inscrit nos enfants
à l'école publique américaine. Cependant, nous tenions
absolument à ce que nos enfants continuent de bénéficier d'un
enseignement français. Aussi nous sommes-nous organisés. Nous
sommes débordés par les demandes. Nous voulions rester à une
petite échelle mais nous allons prendre nos responsabilités et
nous développer ».
Le problème a ainsi été posé devant une assemblée de parents
qui, dans certains cas, ont déjà retiré leurs enfants des écoles
françaises et se battent à la maison pour faire le CNED (centre
d'étude à distance) après l'école américaine, ou dans
d'autres se demandent combien de temps ils vont pouvoir tenir si
les tarifs des écoles continuent de grimper aussi allègrement
1.
Une pétition destinée aux sénateurs des Français de l'étranger et
demandant l'augmentation du volume des bourses circule dans les
rangs. Nous sommes loin de l'ambiance « sucess story » de la fin
du siècle dernier. Le même sentiment que celui qui régnait lors
des rencontres de janvier et de février avec les sénateurs,
s'exprime ce soir: l'incertitude du lendemain.
Philippe Leroy y répond avec une assurance réconfortante.
«
L'association fait la force. Ce que nous avons pu faire, nous vous
aiderons à le faire ». Qu'ont-ils donc fait, Philippe Leroy
et ses amis? La PAFEA propose un programme de cours après l'école
de deux fois deux heures par semaine. Les cours rassemblent 5 à
10 enfants de même niveau scolaire, du CE1 à la 4
e (l'an
prochain, les cours de 10 élèves bénéficieront d'une
assistante en plus de l'enseignante et les niveaux iront de la
maternelle à la 3
e), sont donnès par des
instructeurs qualifiés de langue française. Le programme suit le
complément d'enseignement du français offert par le CNED. Les
prix sont 5 fois moins cher que les établissements français pour
7 fois moins de cours.
« Nous n'avons jamais dit que nous
faisons en 4 heures ce que font les établissements en 30 . Nous
n'avions plus le choix; nous avons dû trouver une solution
honorable. Nous sommes fiers d'apporter une alternative à des
parents français désireux de maintenir un bon niveau de langue ».
Le plus difficile a été de regrouper les enfants par niveau. Pour
cela, Philippe Leroy a passé de nombreuses heures par semaine à
retrouver des parents français qui avaient les mêmes besoins que
les parents de PAFEA. Les questions fusent: «
Y a-t-il eu des
défections en cours d'année? » « Aucune » « Faites-vous
passer tous les enfants dans le niveau supérieur? » « Oui,
mais les parents sont prévenus que si les enfants ne progressent
pas, nous ne pourrons pas les garder. Nous ne pouvons pas nous
permettre de baisser le niveau des classes. Nous avons beaucoup de
demandes pour l'an prochain. Les enseignants consacreront les deux
premières semaines à observer les enfants pour savoir si leur
niveau de français est adapté au programme. Nous ne faisons pas
de FLE ». « Recevez-vous de l'aide du consulat de France?» «
Non. Le consulat ou les sénateurs nous demandent d'ouvrir des
classes de français dans des écoles américaines. Nous
avons essayé. Nous avons contacté le "School District"
avec une liste de 70 Français, 200 Chinois et aussi des Russes.
Ils nous ont écouté mais eux-mêmes se battent pour survivre
face aux coupures budgétaires imposées par l'État de Californie.
Notre dossier est en attente et il attendra longtemps je pense. »
M. Jean Claude Ziambelli, président de l'Union des Français de l'Étranger
est alors intervenu pour témoigner qu'une telle expérience est
en cours à Chicago apparemment avec succès et pour regretter que
le consulat ait des suggestions mais ne « pousse » pas plus sur
le terrain.
Un débat riche donc; des témoignages de parents et d'une
enseignante de PAFEA ont apporté du réconfort aux Français
inquiets de l'avenir de leurs enfants.
« Les établissements d'enseignement français
sont la
solution idéale mais si vous ne pouvez plus vous l'offrir ou si
le gouvernement français ne vous soutient pas assez, ne soyez pas
désespérés, ne restez pas isolés, venez nous rejoindre »;
le message de Philippe Leroy a été entendu.
1Dans le "Courrier des États-Unis" du 25 janvier 2003 Jean-claude
Zambelli souligne.
« Les frais de scolarité augmentent de 10% par an depuis plusieurs
années et à ce rytme-là, ils seront bientôt proches des $20.000/an. » (Environ FF 120.000/an).
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